Guillaume de Harcigny (vers 1310-1393), un médecin au XIVe siècle

manuscrit lettre enluminée 1Guillaume de Harcigny, né à Laon vers 1310, a fait des études de médecine à Laon et à Paris. Après un long périple d’approfondissement de ses connaissances en Égypte, en Syrie, en Italie…, il s’installe à Laon, puis ouvre aussi un cabinet à Noyon. À la fin de sa vie, il est appelé, par l’intermédiaire d’Enguerrand de Coucy, au chevet de Charles VI atteint de la première crise de la maladie mentale dont le roi souffrira jusqu’à sa mort. Un diagnostic et des soins judicieux conduisent à une rémission de la maladie de son illustre patient. Très âgé, il préfère rentrer à Laon plutôt que de rester à la cour. Quelques mois plus tard, en juillet 1393, il décède.

Transi de Guillaume de Harcigny

L'histoire du transi de Guillaume de Harcigny est relative­ment bien connue. De son tombeau il ne reste que la sculpture le représentant réalisée, à sa demande, un an après sa mort, vers 1394. Elle seule a été sauvée des destructions de la Révo­lution, grâce à la reconnaissance des Laonnois. En effet, Guillaume de Harcigny avait fait un très généreux legs à sa ville, lui permettant de réparer et de renforcer ses remparts, alors très dégradés. A l'origine, le tombeau se trouvait dans l'église du couvent des Cordeliers, près de la chaire du prédicateur. En 179l, eu égard aux services rendus par Guillaume de Harcigny à ses concitoyens, le Directoire du gouvernement autorisa manuscrit lettre enluminée 2la réinhumation du transi et des restes osseux dans la nef de la cathédrale Notre-Dame. En 1841, sous la conduite d'un médecin qui avait suivi l'affaire, on exhuma le transi, mais les ossements conservés dans une boîte en plomb, d’abord redécouverts, se perdirent par la suite. En 1853, le Conseil de fabrique de la cathédrale en fit don à la ville de Laon pour son musée.

C’est l’ensemble de ces faits et des textes connus: récit de Jean Froissart, testament publié au XIXe siècle, biographie rédigée au XVIIe siècle par L’Éleu qui fait que l’on peut se représenter relativement bien la personnalité du médecin Guillaume de Harcigny.

La sculpture

Très représentative tant en raison de la personnalité du défunt, médecin personnel du roi, qu'en raison de l'apparition du thème nouveau du transi (effigie d'un défunt représenté à l'état de cadavre), cette sculpture en est aujourd’hui le plus ancien témoignage conservé dans les collections françaises.
Il s'agit d'un très haut-relief sculpté dans un monolithe de calcaire beige grisâtre contenant des restes de fossiles et des grains de glauconie verdâtre, qui rappelle la décomposition. La dépouille, allongée sur le dos, très droite, nous montre un homme d’une stature haute et mince, au corps assez bien conservé un an après la mort. Le visage est squelettique et les cheveux ondulés ont poussé, les côtes apparaissent, mais les fessiers sont encore présents.

La restaurationmanuscrit enluminure 1

A l'occasion de son prêt par le musée de Laon, pour l'ex­position consacrée à L'art parisien sous Charles VI, le transi de Guillaume de Harcigny a été restauré gracieusement dans les ateliers du C2RMF à Versailles par Loïc Loussouarn et Hélène Susini Le nettoyage par microabrasion d’une couche noire, sans doute appliquée après 1914, a permis de retrouver, malgré l’usure, l’aspect de la pierre et de constater la présence de marques d’outils de sculpteurs.  Le bras droit plusieurs fois cassé et réparé maladroitement dans le passé, a été repris, en conservant les éléments originaux, bien qu’il ne soit plus possible de les raccorder exactement. Aussi s’est-on efforcé de restituer la continuité, esthétique et mécanique des volumes du bras décharné à l’aide de bouchages réalisés en matériaux réversibles.

Bibliographie : Jorrand Caroline, Loïc Loussouarn, Hélène Susini, Le transi de Guillaume de Harcigny, médecin de Charles VI, in : Techne, Science et conservation, RMN, Paris, n°19, 2004 pp. 76-78, ill.

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Les enluminures présentées sur cette page proviennent de manuscrits de la bibliothèque de Laon.